Les serpes sacrées dans la vie des K’Ho

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Les K’Ho notamment les hommes ne se séparent jamais de leur serpe, de leur naissance jusqu’à leur mort.

Les serpes des K’Ho sont utilisées comme outil de travail et comme arme. Elles jouent aussi le rôle d’objets sacrés. À travers elles, transparaissent les croyances cette minorité ethnique vivant dans les Hauts Plateaux du Centre.

Quelque 166.000 personnes appartiennent à l’ethnie K’Ho. Elles vivent essentiellement dans la province de Lâm Dông (dans les Hauts Plateaux du Centre). Les K’Ho fabriquent et utilisent plusieurs sortes de serpes, pour la chasse ou les activités agricoles. Mais ces outils jouent aussi un rôle primordial dans leur spiritualité. Ils sont étroitement liés à la vie des hommes et sont indispensables lors de plusieurs cérémonies rituelles.

Une serpe a généralement une lame fine, courbée, en fer forgée. Elle est longue d’environ 25 cm et large de 4 cm. Son manche est taillé dans un tronçon de bambou et mesure de 0,8 mètre à un mètre. La fabrication des serpes, qui sont utilisées dans le cadre de cérémonies rituelles, notamment lors de la Fête traditionnelle, du sacrifice d’un buffle, de la prière pour une bonne récolte, de la fondation d’un village, etc., est plus recherchée. Le manche doit être fait d’un tronçon de rotin, taillé en S. La lame, fine et aiguisée, doit être forgée pour prendre la forme d’un croissant.

Indispensable lors du mariage

Les K’Ho vivent selon le régime matriarcal. C’est donc la jeune femme qui pratique le rite bat chông (capture du mari). Une cérémonie durant laquelle elle emmène, entourée d’une procession et des proches des deux familles, son mari chez elle. «La présence d’une serpe est indispensable. Aujourd’hui, la coutume est restée la même qu’à l’époque», affirme Ro Ong Hà Tang, patriarche du village Dung K’No, dans le district de Lac Duong. Quand le cortège entre dans la cour de la famille de la mariée, un représentant de la famille du marié, une serpe à la main, s’approche de la porte de la pièce où se déroule le mariage. Il dit à haute voix : «Ici est venu le garçon le plus fort et le plus talentueux de notre famille. Ouvrez-lui la porte !». À l’intérieur, une représentante de la famille de la future épouse répond: «Venez l’ouvrir vous-même !». À noter que la porte est composée de cinq couches, deux en bambous et trois en bois dur. Il est évident que ces paroles font partie du rituel. Dans les faits, la porte n’est jamais cadenassée.

Le représentant de la famille du garçon, une serpe en main, réalise alors le rite chem cua (battre la porte). Il frappe symboliquement trois coups consécutifs à la porte et l’ouvre pour que le garçon entre. Une réception, donnée par la famille de la mariée, l’attend à l’intérieur. «Le chem cua est un rite qui marque une nouvelle étape dans la vie du couple. À partir de ce moment-là, une serpe est toujours présente dans leur vie. Elle accompagne le mari jusqu’à sa mort. Si l’épouse décède, le mari doit quitter la famille de sa femme sans aucun bien, sauf sa serpe», explique le patriarche Ro Ong Hà Tang.

Une serpette pour les enfants

Selon la tradition des K’Ho, si le couple a un fils, le mari va forger lui-même une serpette symbolique, qu’il utilisera comme offrande principale au génie et aux ancêtres lors de la cérémonie de venue du monde, organisée huit jours après la naissance du bébé. Quand l’enfant atteint l’âge adulte, le père organise un rite de reconnaissance officielle de l’enfant par la communauté. Il met une serpe sur son épaule et demande, devant l’autel des ancêtres, au génie et aux ancêtres de protéger son fils, de lui donner santé, courage, intelligence et habileté. Le garçon ne se sépare jamais de cette serpe. Elle le suit jusque dans sa tombe.

«Les K’Ho considèrent que mourir n’est pas une fin en soi. Il ne s’agit que d’une étape de la vie humaine. Elle marque le commencement d’une nouvelle vie dans un autre monde. Lorsqu’on meurt, il faut donc aussi que les biens et objets d’usage courant comme le gong, la jarre d’alcool, la hotte, la serpe, etc. accompagnent le défunt», précise le patriarche Krajan Plin, du village Dang Ja, district de Lac Duong.

Plusieurs patriarches du district de Lac Duong se disent aujourd’hui «inquiets». De vieilles serpes sont fréquemment volées et revendues. En effet, les antiquaires sont friands de ces objets, notamment ceux qui ont plus de cent ans. Certains croient, conformément à une légende, que les serpes centenaires, utilisées lors de nombreuses chasses et cérémonies rituelles, sont sacrées et peuvent apporter à son possesseur puissance, santé et prospérité, ainsi que le protéger des mauvais esprits et des fantômes.

Source: VNA

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