Visite les maisons sur pilotis de Muong Bi

maison-sur-pilotis-de-muong-biA première vue, on pourrait être tenté de croire que le Vietnam se modernise à marche forcée. Fort heureusement, il reste des endroits miraculeusement préservés. C’est le cas de Muong Bi, où les maisons sur pilotis nous rappellent que les traditions ancestrales sont parfois des noix très dures à casser.

Muong Bi passe pour être le berceau de la culture Muong. Les coutumes ancestrales y ont la solidité du roc, et qu’on n’aille pas dire aux autochtones qu’ils ont un train de retard !…

Ai est un hameau qui se trouve dans la province de Hoà Binh, en plein fief Muong Bi. Les Muong qui y vivent perpétuent la tradition des maisons sur pilotis. Celle de leur patriarche Bui Van Khanh, par exemple, présente une parfaite synthèse des traditions locales. Simple et rudimentaire, toute en bois et en bambou, elle reste ouverte à tous les vents toute l’année. Autant dire qu’il y fait frais en été, ce qui n’est pas forcément désagréable, mais franchement froid en hiver, ce qui est une autre histoire !… Cela étant, il en faudrait bien plus pour que les Muong renoncent à leur habitat traditionnel! Bui Van Khanh:

« Dans le hameau, il y a 23 maisons en tout et pour tout, mais vous n’en trouverez aucune qui a un plancher en bois. Non, ici, les gens tiennent à leurs planchers en bambou. Ils y tiennent dur comme fer ! »

Chez les Muong, une maison est bien plus qu’un simple lieu d’habitation. C’est avant tout l’endroit où se pratique le culte des ancêtres, dont l’emplacement est choisi avec la plus grande prudence. Son orientation, notamment, est un élément capital, gage de chance et de prospérité lorsqu’elle est judicieusement choisie, c’est-à-dire en tenant compte du terrain, des montagnes aux alentours. Bui Van Khanh, toujours:

« L’orientation d’une maison est choisie en fonction de celle de l’autel des ancêtres. C’est l’orientation principale qui, très souvent, est tournée vers le sud-est. Les fenêtres, elles, sont dans une orientation secondaire. »

Chaque maison possède deux escaliers, l’un à l’entrée principale et l’autre à côté de la porte secondaire, à proximité des jarres d’eau. Le nombre d’échelons est impair, ce qui, selon les Muong, favorise la reproduction. Quant à la cuisine, qui est l’âme des maisons Muong, elle occupe une place centrale, mais surtout une fonction éminemment conviviale.

Chaque maison abrite plusieurs travées dont chacune a une fonction bien définie. Et plus il y a de travées, plus le propriétaire est riche. Bui Van Hai, du hameau d’Ai:

« Les jeunes mariés habitent dans la travée la plus excentrée. Ensuite, en se rapprochant du centre, on trouve les personnes encore célibataires et les autres membres de la famille. La première travée, celle qui jouxte la salle principale, est réservée aux hôtes de passage. La famille prends ses repas dans la travée centrale, mais s’il y a des hôtes, tout le monde mangera dans la première travée. La position des convives autour du plateau est également strictement réglementée. Les plus âgés se trouvent en face de la fenêtre, les autres se positionnent à côté, dans l’ordre, suivant l’âge de chacun.»

En langue Muong, la fenêtre est appelée « voong ». Chaque travée en possède une ou deux. Mais attention ! Interdiction est faite aux gendres ou aux brus de s’asseoir sur le rebord de la fenêtre, à moins que leurs beaux-parents ne soient décédés. En fait, comme nous l’explique Bui Van Hai, chaque « voong » a une charge symbolique.

« On fait le culte devant les voong. Le « voong toong » est dédié aux ancêtres, le « voong lèo » est consacrés aux buffles. Les patriarches occupent les « voong khua » alors que les « voong coong » sont destinés aux nouveaux-nés. »

La période comprise entre le premier et le cinquième mois lunaire, sauf le quatrième, est censée être propice à l’édification d’une nouvelle maison. Autant dire que le temps est compté et qu’il faut faire vite. Mais qu’à cela ne tienne, celui qui veut bâtir une demeure sait qu’il peut compter sur l’entraide communautaire. Bui Van Hai, toujours:

« On frappe le tambour pour rassembler tout le monde. Autrefois, chacun y allait de sa petite contribution. Les uns offraient des piliers, les autres de la paille pour couvrir le toit, ou des cloisons de ké-fen. »

Voilà ! Et que l’on ne s’avise pas de prétendre que ces maisons sont précaires : elles défient le temps qui passe et les pilotis sur lesquels elles reposent semblent bel et bien inébranlables.

A la semaine prochaine, chers auditeurs, pour de nouvelles pérégrinations ethnico-chromatiques.

Source: VOV

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