«Calligraphier sur l’azur» à Hanoï

thap-butAu touriste qui vient de débarquer à Hanoï, on montre immanquablement le temple Ngoc Son (Montagne de Jade) sur le lac Hoàn Kiêm et notamment le symbolique obélisque du Pinceau.

Site d’un ancien palais de plaisance des Seigneurs Trinh du XVIe au XVIIIe siècle, le temple Ngoc Son est bâti sur un îlot du lac Hoàn Kiêm (lac de l’Épée restituée), pièce d’eau verte bordée de pelouses, de grands arbres, de jardins, principale parure de la capitale. Ce temple est devenu au XIXe siècle une pagode consacrée à Bouddha, puis un sanctuaire dédié au culte des Divinités de la guerre (1), de l’Esprit du Sol, de la Médecine (2) et de la Littérature (3).

L’ensemble architectural dégage plutôt, comme le Van Miêu (Temple de la Littérature) voué à Confucius, une atmosphère de lettres et de culture humaniste. Il comprend un portique situé derrière un kapokier dont les fleurs rougeoient en avril, un obélisque coiffé d’un pinceau, une porte en arcade surmontée d’un écritoire en pierre, une gracieuse passerelle rouge en bois baptisée «Pont où se perche le Soleil levant» (Thê Huc) qui mène à l’îlot. Là, se trouvent les autels et le pavillon Brise-lames (Trân Ba Dinh).

Une construction attachée à un lettré

Le symbolique obélisque du Pinceau porte les trois idéogrammes Tả thanh thiên qui signifient «Calligraphier sur l’azur». Cette sentence ainsi que l’aménagement du Temple émanent du lettré Nguvên Van Siêu (1799-1872) dont le talent littéraire n’avait d’égal que celui de son ami Cao Ba Quat (1809-1854). On les surnommait dans les cercles poétiques le «Divin Siêu» (Thần Siêu) et le «Saint Quát» (Thánh Quát).

Ecœurés par la déchéance de la Cour et compatissant à la misère du peuple, ils ont quitté le mandarinat pourri. Le second s’est joint au commandement de la révolte armée des paysans pauvres connue sous le nom d’Émeute des Brigands-Sauterelles. Nguyên Van Siêu, de tempérament plus pacifique, s’est découvert une vocation éducative et culturelle. Il a formé de brillants disciples au Pavillon Carré (Phuong Dinh) près de sa maison de Hanoï (actuellement rue des Briques ou rue Nguyên Siêu N°12 et No14). Outre des recueils de prose et de poésie remarquables, il a laissé d’excellents ouvrages d’érudition sur la littérature, la philosophie, la géographie… Les Hanoïens, en particulier, lui sont reconnaissants de leur avoir offert un cadeau magnifique : le temple de la Montagne de Jade.

Note :

(1) : Le guerrier chinois Kouan Ti (Quan Dê) dont le culte a été éclipsé par le général vietnamien Trân Hung Dao (XIIIe siècle), vainqueur des Mongols.

(2) : La Tô

(3) Van Xuong, Génie stellaire des splendeurs littéraires.

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